13 février 2010

Laurent Gaudé - "Le soleil des Scorta"

Plus j'avançais dans sa lecture, plus j'étais impatient de vous en parler : je l’ai dévoré. Je m’y suis tant plongé que même mon estomac s’y est identifié.


La dynastie des Scorta : une famille dont le destin est inexorablement lié au village de Montepuccio dans les Pouilles en Italie (le talon de la botte). Tour à tour considérés comme parias et condamnés à l’exil, puis intégrés, les Scorta semblent condamnés aux malheurs.

Au fil des épreuves, la famille s’accroche, se tient et l’on découvre la vie d’un village reculé d’Italie au travers du regard de Domenico, Giuseppe, Raffaele et Carmela.

Quel plaisir ce roman : dès les premières pages, on se sent transporté en Italie et écrasé par le cagnard qui semble caractériser la région celui qui est tellement fort que « même les lézards doivent suer » pour paraphraser l’auteur.

La vie du village, la méchanceté due à l’ignorance, les vieilles croyances, la contrebande, la rapine... Toute une ambiance dans laquelle on est plongée. Pour un peu, on entendrait l’accent italien dans chaque dialogue. On s’imagine les veuves toutes de noir vêtues, les petits vieux attablés à la terrasse d’un café en train de taper la carte et se disputer bruyamment les points. On salive dans la description de leurs agapes : on sent le goût chaleureux de l’huile d’olive nous emplir le palais, la texture des coquillages sur la langue et la lente descente des pâtes vers notre estomac. (Ce midi, en pleine lecture, j’ai eu besoin de pain à l’ail...), on sent la fumée âcre des cigarettes nous chatouiller le nez.

Le fil conducteur de l’histoire est parfait, la structure légère, sans lenteurs, sans longueurs. Que vous lisiez ce roman dans le fond de votre lit avant de vous endormir ou pendant un repas solitaire, il ne lasse jamais. Si vous avez l’excellente idée de le lire comme moi dans votre appartement peu chauffé, quand vous le terminerez, vous frissonnerez : un peu comme si l’avion vous ramenait d’un pays envoûtant.

Le roman dégage en outre un message que chacun de vous pourra juger selon ses convictions.

En tout état de cause, si vous avez froid, si vous ne savez pas quoi lire, si vous ne voulez pas lire quelque chose de long : foncez !


PS : Est-il utile de vous préciser que ce roman s'est fait "goncouriser" en 2004 ?


Laurent Gaudé

Le Soleil des Scorta

12 février 2010

Françoise Xénakis - "J'aurais dû épouser Marcel"

Retour dans la Sologne rurale du début du vingtième siècle où l'auteur met en scène les "veuves blanches", statut de ces jeunes fiancées dont les noces n'ont jamais pu être célébrées car leur "bon ami" n'est jamais revenu des champs de batailles.

La Sologne leur a otroyé le statut de "veuves blanches". Ces jeunes filles condamnées par les convenances à devenir vieilles filles vivent dans des maisonnettes octroyées par les mairies, jouissent d'une petite pension, profitent des œuvres charitables de l'aristocratie locale et visiblement, tournent toutes un peu casaques... Soit c'est propre à leur statut, soit c'est la région qui veut ça.

J'ai découvert l'auteur Françoise Xenakis interviewée par Laurent Ruquier et ses chroniqueurs sur Europe 1. Je ne la connaissais pas et son passage radiophonique ne m'avait pas laissé une impression fantastique. Cependant, quelques temps plus tard, j'ai retrouvé en librairie le roman pour lequel elle se vendait et me suis laissé tenter.

A nouveau, je l'ai commencé dans une salle d'attente... et je l'ai terminé dans une salle d'attente. Existe-t-il un type de roman "salle d'attente" tout comme il existe le roman de gare ? Je ne sais pas, mais toujours est-il que "J'aurai dû épouser Marcel" est parfait pour passer le temps. A nouveau, ce n'est pas un chef d'œuvre textuel et l'histoire manque parfois de consistance et de structure.

Le ton employé est amusant, bien que parfois forcé. On a quelque peu l'impression de voir "la parisienne" se pencher sur la campagne et caricaturer le trait. Pour vous donner un exemple, on a aucun mal à imaginer l'une des héroïnes bien épaisse avec son gros rouge qui tâche, dans sa cuisine en train de regarder sa télévision d'un autre âge.

Bref, 19,65-€ pour lire dans trois salles d'attentes, c'est un peu cher... Mais au moins le temps passe plus vite.


Françoise XENAKIS

"J'aurais dû épouser Marcel"






05 février 2010

Katherine PANCOL : "Les yeux jaunes des crocodiles" et "La valse lente des tortues"

Joséphine est une mère de famille parisienne - enfin, de la banlieue parisienne : de Courbevoie pour être précis - mariée avec Antoine et mère de deux enfants, dont une préado. Son couple ne va pas très bien.Brutalement, Antoine la quitte. Antoine était la bourse du ménage. Il part, la laissant en plan avec une hypothèque et deux mômes.


Ce n'est pas son salaire de chercheuse à l'université qui va les aider. Pourtant Joséphine fait tout pour garder la tête hors de l'eau. Elle est aussi bien entourée : sa mère et sa soeur vivent très confortablement profitant allégrement des revenus de leurs maris respectifs. Mais Joséphine est fière et refuse l'aide qui lui est faite.


Peu à peu, l'héroïne prend de l'assurance et se découvre. Elle Devient combative et affronte la vie et ses tracas de face.

L'histoire se déroule sur deux tomes : "Les yeux jaunes des crocodiles" et "La valse lente des tortues". Ce roman se lit comme le téléfilm de France 2 en été. On le regarde d'un oeil distrait au début, on s'attache aux personnages, puis enfin à l'histoire. Que va-t-il lui arriver ? Comment va-t-elle se tirer de cette situation?

J'ai mis du temps à accrocher avec Joséphine : son côté nunuche m'exaspérait. Dieu merci, elle change petit à petit.


Le scénario est bien construit, bien ficelé. Surtout dans le premier tome. Il m'a semblé assez facile pour l'auteur de rendre la soeur de Joséphine riche à n'en plus finir. Celà procure une bouffée d'air frais dans le récit, car quand ça ne va vraiment plus, le tiroir caisse n'est pas loin et l'histoire est relancée.


Le deuxième tome, "La valse lente des tortues" est plus long. Joséphine a déménagé et l'histoire devient complètement fantasque. Ce qui m'a donné envie de le terminer, c'est l'envie de connaître le bout du cheminement de l'héroïne, parce que soyons franc: le scenario devient du vrai n'importe quoi, des tueurs en séries, des voisins spéciaux, une connaissance royale; j'en passe et des meilleures. Il ne faut pas non plus exagérer. Plusieurs fois dans le roman, j'ai voulu connaître le nom du dealer de Madame PANCOL, parce qu'il doit lui en fournir de la "bonne".


Si vous voulez passer un agréable moment littéraire, passez votre chemin. Si vous vous ennuyez et que vous chercher à occuper votre temps (en ce qui me concerne, je les ai lu dans des salles d'attente d'hôpital) lisez-les, vous passerez un très bon moment de détente.


Katherine PANCOL
"Les yeux jaunes des crocodiles"
"La valse lente des tortues"

Et c'est parti !

Après quelques jours de réflexion et les invectives de certains de vous, je me lance dans la "critique littéraire". Quel grand mot pour pas grand chose. Je me suis posé beaucoup de questions :

  1. Le suivi : je lis, mais j'écris peu. Et puis, j'oublie assez vite ce que je lis. Vous avez vous-même pu constater le peu de billets postés ces derniers temps : j'espère ne pas retomber dans ce travers;
  2. La légitimité. Eh bien, la légitimité de critiquer une oeuvre littéraire (voire un travail littéraire) je la prends. J'estime l'avoir à titre de lecteur. J'ai pris le temps de découvrir le travail d'autrui, j'estime pouvoir en rendre une critique qui je l'espère sera juste et constructive.

Je pensais au début que lire était "obligatoire", jusqu'au jour où je suis tombé sur un essai de Daniel PENNAC : "Comme un roman" (Folio 2724). Depuis ce jour, je me suis rendu compte que j'étais tombé amoureux de la lecture alors que d'autres tombaient amoureux d'autres choses, trouvaient d'autres passions. Rien n'empêche de partager une passion (sauf celle des jeux de société que j'ai en horreur, mais c'est un autre débat) et je vais donc me lancer ici. Prenez une grande respiration, c'est parti...